H.R Giger

Nous nous voyons dans ses tableaux comme des sortes d'embryons rampants (Timothy Leary)

15 novembre 2004

1. Hans Ruedi: Naissance d'un artiste.

Hans Ruedi Giger est né en 1940, à Chur, un petit village Suisse.

Hans Ruedi Giger


Pour le peu qu'on puisse dire de son entourage familial, son père était tout à la fois médecin et pharmacien; sa mère, une femme fantasque au tempérament artistique, chose relativement stimulante pour le jeune Hans Ruedi.

C'est en 1963 qu'il publie ses premiers dessins dans la revue Hotcha: Les Enfants Atomiques. Dans un style précocément antipathique pour ses contemporains, il nous signifie sa vision angoissée d'un monde où l'usage de la bombe atomique aurait pour conséquence d'engendrer une "seconde génération humaine" à l'apparence difforme, à l'image d'une cruauté exarcerbée.

Les enfants atomiques, 1963

L'année suivante il est admis à l'école des Arts décoratifs. C'est sous la pression de son père qu'il envisage le métier de dessinateur industriel ou de concepteur de mobilier. En réalité, Giger-fils a pris goût à la publication de ses planches et rêve déjà de son art futur.

La rencontre avec Li Tobler, une très belle jeune actrice de théâtre, a lieu en 1966 par l'intermédiaire d'amis communs. Giger en tombe follement amoureux; Li, en déraisonnable admiration: elle voit en lui l'artiste indépendant qu'il n'est pas encore, et se proclame égérie du jeune homme âgé de vingt-six ans.

Li Tobler en 1973


La persévérance de Giger-père semble avoir porté ses fruits puisqu'on voit désormais l'ancien étudiant des Arts Décoratifs réaliser sur la planche des pièces de mobilier de bureau pour une petite entreprise qui néanmoins revend ses créations au monde entier. Mais s'il oeuvre le jour pour Andreas Christen, c'est la nuit qu'il se consacre à la réalisation de tableaux à l'encre de chine qui deviennent de plus en plus grands. De là lui vient son habitude du grand format.

Puits n°7 (1966)

Dès 1967, il emménage avec Li dans une maison vouée à la destruction. Seulement alors entend-on vociférer de cette romance un brin chaotique pour ces deux échappés d'un ailleurs incompréhensible. Leur liaison est celle de deux chats sauvages enfermés ensemble dans un sac-poubelle, jeté aux bras de la rivière. La période psychédélique, chantre des nouvelles drogues, leur offre le prétexte de ne pas explorer les champs de conscience, mais ceux de l'angoisse. S'ils n'avaient rien de mieux à faire, c'est bien volontiers qu'ils s'ennuieraient à deux, mais ils décident de n'avoir jamais le temps: ils jouent à s'aimer, se haïr, se séparer, se renouer, s'aimer à nouveau... Leurs menus accidents de liaison ne sont rien de moins que le fruit de la santé psychologique sinusoïdale de Li. C'est la même année que Giger réalise ses premières sculptures en polyester, dont "Le bébé à la valise" et "Voices of America"


Le bébé à la valise (1967)


Li Tobler et Voices of America (1968)


En 1968, un de ses amis d'enfance, Basilio Shmid, lui conseille de quitter son emploi chez Andreas Christen afin de se consacrer entièrement à l'art. Bien orienté par son ami, Giger rendra sa lettre de démission quelques jours plus tard.

L'année 1970 marquera un autre tournant: il vit son premier cauchemar d'horreur qui l'inspirera pour la réalisation de tableaux figurant salles-de-bains, cuisines et autres toilettes.


Baignoire II (1970)

Ces oeuvres liminaires, qui semblent être recouvertes d'une couche de peau, lui donnent une idée nouvelle: publier un livre regroupant ses créations. Le projet porte le nom de "Giger's Necronomicon", depuis que de fervents lecteurs de HP Lovecraft voient en ses tableaux la projection picturale des géniales oeuvres du père de la science-fiction américaine.


Howard Phillips Lovecraft

Friedrich Kuhn, artiste maudit, ami de Giger, alcoolique au-delà de tout degré d'humanité possible, être à la fois mystérieux et charismatique, provocateur autant qu'un singe affublé de breloques, de bottes, d'une redingotte en patchwork et d'un tambour en peau de chameau, jeté dans un congrès d'ambassadeurs, et peut-être également le personnage le plus hilarant qu'ait jamais fréquenté Giger, meurt en 1973.


Friedrich Kuhn II (1973)

 

Il rencontre Dali en 1975, et restera marqué à jamais par l'excentricité de l'espagnol.


Salvador Dali

Après s'être jetée dans les bras d'un américain, Li revient chez Giger. Elle ouvre enfin sa propre galerie d'art. Afin d'en inaugurer l'ouverture, Giger filme la cérémonie, les pieds armés de chaussures taillées dans des croutes de pain. Quand la fête est enfin finie, elle retombe dans son état léthargique. La Muse a tiré sa révérence de façon magnifique ainsi qu'un coup de révolver contre sa personne.

On dira désormais : feu Li Tobler.


Li Tobler en 1975

Profondément affecté par la disparition de celle qui fut neuf années durant sa compagne, Giger se consacre nuit et jour à son art comme jamais encore. Il couche sa douleur sur la toile, une toile de plus en plus belle et sombre: l'esthétique définitive du maître est née.

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Posté par D Caniglia à 07:24 - 1. Hans Ruedi - Permalien [#]

 
Joseph Caniglia