H.R Giger

Nous nous voyons dans ses tableaux comme des sortes d'embryons rampants (Timothy Leary)

14 novembre 2004

2. Giger: Les oeuvres du maître.

En 1976, une poignée d'amis de Giger décide d'organiser une exposition de ses tableaux nommée "The Second Celebration of the four". Il s'agit en fait d'un mémorial pour Li décédée l'année précédente.


The Celebration of the Four (1976)

A propos de Li elle-même, voici ce que nous savons d'elle.
Si Li fut la première personne à vouer un culte dythirambique au travail de celui qu'elle aimait tout en le haïssant, Giger nourrissait pour elle la fascination que Léonard vouait à Mona Lisa, Salvador Dali à Gala son épouse. Naissance d'une Muse dans la perception rétinienne de l'artiste.
C'est ainsi qu'il s'enquit d'en faire le portrait, du vivant de la jeune femme.
Découvrant le tableau, Li éructe de colère et de dégoût, brise le châssis et déchire la toile. Sans repentir aucun, Giger le répare au moyen d'attaches discrètes. "Li" ne porte pas aujourd'hui la moindre cicatrice apparente de ce mouvement de colère.


Li I (1974)

C'est à peu près dans ces conditions qu'on érigea Li en muse controversée au cours de cette "Second Celebration of the Four", qui prit des allures de culte des quatre éléments à l'esthétique sataniste et lovecraftienne.

Le rêve de publier ce grand livre que devrait être un jour le Giger's Necronomicon s'aligne sur ces éléments douloureux. Il paraît en 1977, et voit sa réédition dès 1978 grâce à son succès retentissant. C'est pour l'artiste le moment de la consécration. La couverture originelle du Nécronomicon fut une fois de plus un clin d'oeil aux nombreux adorateurs de l'auteur américain.


Giger's Necronomicon (1976)

Ces derniers comparent Giger au prophète Abdul Alhazred qui, dans les romans de leur maître, est un poète dément qui aurait dessiné les visages difformes des anciens dieux qui gouvernaient les mondes enfouis dans ce livre mythique qu'est le Nécronomicon (Livre des Noms Morts supposé être recouvert de peau humaine)
C'est une oeuvre majeure qui est offerte aux yeux d'un monde à la fois fasciné et horrifié, l'oeuvre d'une vie.


Necronom III (1976)

The Lord of the Rings, peint en 1975 fut inspiré à Giger par la lecture du Seigneur des Anneaux de J.R Tolkien. Qu'on se rassure, l'oeuvre en question n'a rien de la vision commercialisable et adoucie que nous a récemment offert le cinéma.


The Lord of the Rings (1975)

Le Mage, également tiré du gran cru de 1975 est à considérer comme l'un des tableaux "satanisants" les plus populaires, bien qu'il n'y apparaisse pas le moindre signe kabalistique.


Le Mage (1975)

Nous devons faire un bond en arrière afin de parler de "L'ile aux morts". En 1880, une jeune veuve du nom de Marie Berna-Christ rend visite au célèbre peintre symboliste Arnold Böcklin et lui commande une toile qui prête à la rêverie. Le thème est censé représenter une barque sur eau calme à bord de laquelle se trouveraient le rameur, le cerceuil qu'on mène sur une île mystérieuse, et la veuve du défunt enveloppée dans un drap blanc. Le but de ce pèlerinage est de permettre au défunt d'atteindre l'au-delà après avoir été déposé sur cette île dont la forme serait à la fois majestueuse et reposante. L'artiste, très inspiré, commence à peindre et rend son oeuvre à la commanditaire qui trouve là un moyen de faire le deuil de son ancien mari afin d'en épouser un autre. Cependant, Böcklin continue à travailler cette forme si caractéristique qu'est celle de l'île. Au final, il n'en réalise pas moins de cinq versions, celles-çis étant destinées à devenir son propre sanctuaire pictural. Malheureusement, il ne nous reste aujourd'hui que quatre versions sur cinq, l'avant-dernière ayant été détruite au cours d'un bombardement.


L'ile des morts, première version (1880)


L'ile des morts, deuxième version (1880)


L'ile des morts, troisième version (1883)


L'ile des morts cinquième version (1883)

Le thème de l'Ile aux morts est un de ceux qui fut le plus souvent repris par les divers courants artistiques du XXè Siècle. C'est donc en 1975 que Giger réalise d'abord une première version très personnelle de l'Ile aux Morts, puis une seconde en 1977 qu'il intitulera Hommage à Böcklin.


Vers l'ile des morts (1975)


Hommage à Böcklin (1977)

La série des "Passage" fut inspirée à l'artiste par les activités du service de voirie de Cologne. Il y voit une allégorie de la naissance et du sexe féminin. (Certaines versions sont d'ailleurs très explicites à ce sujet)


Passage XXI (1972)


Passage XXII (1973)

Les "Paysage" sont des oeuvres variées parmi lesquelles on retrouve souvent bébés, embryons et créatures infantiles menées en souffrance, remaniées en machines de labeur, en objets de décoration, en murs organiques. C'est à cause de l'un des tableaux de la série "Paysage" que Giger, accusé de pornographie pour l'heure d'une exposition, devra répondre des propos outranciers qui l'ont mené face au tribunal. Lequel procès gagnera l'artiste, pour n'être qu'un peintre et non un pornographe.


Landscape XIV (1973)


Landscape XXVIII (1974)

 

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Posté par D Caniglia à 08:47 - 2. Giger - Permalien [#]

 
Joseph Caniglia